Les deux types de suggestions qu'un hypno ne doit pas confondre.

Il y a une définition faible et une définition forte de "suggestion"

Les deux types de suggestions qu'un hypno ne doit pas confondre.
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Il y a une définition faible et une définition forte de "suggestion"

La définition faible, c'est celle de Bernheim :

"La suggestion, c’est l’acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et accepté par lui. "

Si, je vous demande de compléter mentalement : "qui vole un oeuf, vole un ...." et qu'ensuite je vous demande de penser à un animal dont le nom commence par la lettre "V", il est probable que je sache déjà à quel animal vous pensez.

Je viens de vous introduire une idée dans le cerveau (deux, en réalité).

Dans cet exercice, il y a deux phénomènes différents :

  • Pour "boeuf", c'est le résultat d'un apprentissage. La maxime forme un seul bloc en mémoire à long terme, il suffit de le réactiver. L'effet est constant, le mot apparait à chaque fois.
  • Pour "vache" ou "veau", cela ne fonctionne que si "boeuf" est conscientisé. C'est la proximité sémantique qui les amorce. Cela se fait rapidement, automatiquement et selon des biais. Ici le biais de proximité. C'est moins solide que le premier effet car vous pouvez l'inhiber et choisir de penser "vipère" ou à l'autre animal qui commence par un "V". Et oui, je peux aussi lancer des procédures de la même manière.

Avec la suggestion faible, on active uniquement des connaissances qui sont déjà présentes. C'est pourquoi Erickson décrit l'inconscient comme "un réservoir de ressources". En fait, c'est la mémoire qu'il décrit.

La définition faible de "suggestion" c'est la communication d'influence.


La définition forte, c'est celle de Janet :

"Une suggestion, c'est un commandement qui une fois compris s'impose au sujet et qu'il accomplit hors de son consentement".

Cette définition qui met en avant l'involontarité, porte en fait sur la "suggestibilité" lorsqu'elle est définie comme l'incapacité à inhiber. Comme il l'écrit dans sa thèse sur l'automatisme psychologique : "[Dans le somnambulisme] la volonté commence à faire scission d'avec l'intelligence."

Pour André Weitzenhoffer : "L’involontarité est ce qui distingue une suggestion d'une instruction" et il a justement déclaré que c'est "l'effet caractéristique de la suggestion". Et, il faut bien comprendre "involontarité" non pas comme "Oups, j'ai pas fais exprès", ce qui correspond à la définition faible, mais comme "M***e, je ne peux pas l'empêcher"

Le test de l'involontarité, c'est lorsque le sujet est défié et qu'il constate que malgré ses efforts, il est incapable d'accomplir un acte simple comme plier le bras, décoller sa main de la table, desserrer ses mains, etc..

Il ne s'agit pas là de l'effet d'une suggestion mais du marqueur de l'état de suggestibilité.

Augmenter la suggestibilité, en diminuant la capacité d'inhibition du patient, c'est permettre "l'hyper-associativité" : la mise en rapport d'informations selon des configurations nouvelles. En pratique, ce qui permet de penser hors de la boite et favorise l'émergence de solutions créatives.

Creative Space
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A la condition toutefois que le thérapeute n'intervienne pas pour influencer.

Influencer un patient en état de suggestibilité, c'est entraver sa créativité, le maintenir dans les cadres du thérapeute. Bref, lui faire rater l'occasion du vrai changement.

L'hypnothérapie,  ce n'est pas influencer. L'hypnothérapie, c'est augmenter la suggestibilité pour mettre le patient dans une disposition ou le "nouveau" devient possible et le laisser découvrir.